Mon mari demande le divorce : comment défendre mes intérêts et ceux de mes enfants ?

Lorsque la séparation s’impose, la peur de l’inconnu prend souvent le dessus : que va-t-il se passer pour les enfants, le logement, la situation financière ? Comment éviter les conflits tout en préservant ses droits ? Pour y voir plus clair, Maître Laurence Mayer, avocate à la Cour et docteur en droit à Paris, répond à nos questions et livre ses conseils pour aborder un divorce le plus sereinement possible.

Quelles sont les premières démarches à effectuer lorsqu’on apprend que son conjoint demande le divorce ?

Trouver un accord, c’est toujours mieux. On ne peut pas attacher les gens — c’est ce que je dis toujours à mes clients : si votre mari ou votre femme veut divorcer, il faut l’accepter.
Le mieux, surtout quand on a des enfants, c’est d’éviter les conflits. Les procédures longues et coûteuses sont éprouvantes pour tout le monde.
Aujourd’hui, pour un divorce à l’amiable, il faut être d’accord sur tout : la garde des enfants, le partage des biens, les mesures financières… Il faut avant tout réfléchir à l’intérêt des enfants, à ce qui est le mieux pour eux. Les préserver d’un conflit parental, c’est déjà une première victoire.

Peut-on refuser un divorce ? Et dans ce cas, que se passe-t-il ?

Non, on ne peut pas rester marié à quelqu’un qui ne le souhaite pas.
Si aucun accord n’est trouvé, la demande en divorce du mari (ou de l’épouse) entraînera forcément une audience devant le juge.
Et si l’autre conjoint ne se défend pas, le juge rendra tout de même une décision.
Ce n’est pas parce qu’on ne répond pas qu’il n’y aura pas de divorce.

Faut-il consulter immédiatement un avocat, ou attendre la convocation officielle ?

Je conseille toujours de consulter un avocat en amont, dès qu’on sait qu’un divorce est envisagé.
Cela permet de comprendre à quoi on peut s’attendre, surtout sur le plan financier.
Certaines personnes découvrent trop tard qu’elles sont en position fragile — souvent des femmes, quand leur conjoint a un revenu plus élevé. Mais cela peut aller dans les deux sens.
Être informé, c’est déjà se protéger.

Peut-on rester dans le logement familial tant que le divorce n’est pas prononcé ?

Le logement conjugal est un bien très protégé. En principe, chacun doit rester dans les lieux pendant la procédure, sauf décision contraire du juge.
Si les deux veulent l’attribution du logement, le juge tranchera.
En général, il attribue la jouissance du logement à la partie la plus vulnérable, souvent celle qui a la garde des enfants.
Par exemple, si Monsieur est propriétaire, la jouissance peut être attribuée à son épouse le temps de la procédure — le temps qu’elle puisse se retourner.

Comment s’assurer que le patrimoine commun soit bien partagé ?

Je conseille toujours, lorsqu’il y a des soupçons de dissimulation, de faire des captures d’écran des comptes bancaires avant le divorce.
Au moment de l’assignation, lorsque le conjoint décide de divorcer, il est important de mettre de côté des preuves financières : relevés de comptes, épargnes, placements, tout ce qui permettra d’attester du patrimoine commun.
Les biens immobiliers, eux, sont protégés : on ne peut pas « emmener les immeubles sur son dos ».
En revanche, pour les comptes et les liquidités, il faut rester prudent. Anticiper, c’est se protéger.

Quels critères le juge prend-il en compte pour fixer la résidence des enfants ?

Cela dépend de l’âge des enfants. On ne sépare pas un enfant de moins de trois ans de sa mère, sauf circonstances particulières.
Aujourd’hui, les juges estiment que la résidence alternée est souvent la meilleure solution, à condition que les deux parents soient disponibles et qu’ils habitent à une distance raisonnable.
Si la distance est trop importante, cela devient difficile à gérer pour les enfants — il faut éviter la fatigue et l’instabilité.
Dans ce cas, le juge examine qui est le plus disponible et qui peut offrir le cadre le plus stable.
La décision est toujours prise dans l’intérêt des enfants, et non pour satisfaire les parents.
Les enfants peuvent d’ailleurs être entendus par le juge lorsqu’ils atteignent l’âge de discernement, vers 7 ou 8 ans.

Comment est calculée la pension alimentaire ?

Elle est fixée en fonction des revenus respectifs des deux parents, du mode de garde choisi (résidence principale ou alternée) et des charges liées aux enfants : logement, scolarité, santé, activités extrascolaires, etc.
Chaque situation est unique ; le juge s’appuie sur un barème indicatif, mais il peut adapter le montant selon les circonstances.

Si le conjoint ne respecte pas le droit de visite ou ne paye pas la pension alimentaire, que faire ?

Depuis la mise en place de l’Agence de recouvrement et d’intermédiation des pensions alimentaires (ARIPA), le versement de la pension alimentaire est désormais mieux encadré : la CAF peut la verser à la place du parent défaillant et en assurer le recouvrement.
Concernant le non-respect du droit de visite ou d’hébergement, il est possible de saisir à nouveau le juge aux affaires familiales pour faire modifier les modalités.
En revanche, on ne peut pas contraindre quelqu’un à exercer ses droits parentaux. Dans certains cas, lorsqu’un parent se désengage, il est possible de demander une réévaluation à la hausse de la pension alimentaire.

Quel est, selon vous, le meilleur levier pour bien défendre ses intérêts et ceux de ses enfants ?

Pour moi, le dialogue reste la clé.
Il faut vraiment essayer de trouver un accord amiable : c’est toujours risqué de laisser un juge trancher un divorce conflictuel, car on ne maîtrise pas la décision finale.
Et souvent, personne n’est totalement satisfait.
Le mieux, c’est de négocier intelligemment, avec l’aide de son avocat, pour que chacun y trouve son compte et que les enfants soient protégés du conflit parental.

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