« Je n’ai pas le temps de me faire dépister » : pourquoi les mamans solos font-elles passer leur santé après celle de leurs enfants ?

Entre la charge mentale, les contraintes du quotidien et la peur d’un éventuel diagnostic, les mamans solos ont parfois tendance à repousser leurs rendez-vous médicaux. Pourquoi leur santé passe-t-elle si souvent au second plan ?

« Je prendrai rendez-vous le mois prochain. » Pour de nombreuses mères qui élèvent seules leurs enfants, prendre soin de leur santé peut vite devenir une priorité secondaire. Entre les journées de travail, les trajets scolaires, les devoirs, les rendez-vous médicaux des enfants et les tâches domestiques, trouver un créneau pour un dépistage relève parfois du casse-tête. À cela peuvent s’ajouter la peur du diagnostic, les difficultés à faire garder les enfants ou le sentiment de ne pas avoir le droit de ralentir. En octobre, le mois de sensibilisation au dépistage du cancer du sein, cette question mérite d’être posée : pourquoi les mamans solos ont-elles parfois tant de mal à prendre rendez-vous pour elles-mêmes ? Et comment faire de leur santé une priorité sans leur imposer une charge supplémentaire ?

Une charge mentale qui relègue leur santé au second plan

Quand on assume seule l’organisation familiale, les besoins des enfants passent souvent avant les siens. Un rendez-vous chez le pédiatre, une réunion à l’école ou un imprévu professionnel peut suffire à repousser une consultation personnelle de plusieurs semaines. « Je pense à tout pour mes enfants : les vaccins, les rendez-vous médicaux, les activités… Mais quand il s’agit de moi, je me dis que ça peut attendre. Je n’ai personne pour prendre le relais si je dois m’absenter », raconte Alexandra, une mère qui élève seule deux enfants de 9 et 6 ans.

Cette difficulté ne relève pas d’un manque d’intérêt pour sa santé. Elle peut aussi traduire une réalité très concrète : lorsqu’on est le seul adulte disponible au quotidien, chaque rendez-vous demande une organisation supplémentaire. Les temps pour soi sont réduits à peau de chagrin. Pourtant, il est nécessaire de prendre soin de soi pour pouvoir veiller sur les autres. Une mère célibataire doit endosser différents rôles éreintants. Pour tenir le rythme, il est primordial de s’occuper de sa santé.

La peur de découvrir une maladie et de devoir tout gérer seule

Au manque de temps peut s’ajouter une autre inquiétude : celle de découvrir un problème de santé alors que personne ne peut prendre le relais auprès des enfants. Un papa absent, une famille éloignée et une belle-famille inexistante peuvent renforcer ce sentiment d’isolement. Repousser un dépistage peut alors sembler, à court terme, plus simple que de se confronter à une éventualité angoissante.

Alexandra poursuit : « Je sais que je devrais prendre rendez-vous, mais j’ai peur du résultat. Je me demande toujours comment je ferais si on m’annonçait une mauvaise nouvelle. Mes enfants dépendent de moi, et c’est difficile de ne pas y penser. »

Il est important de rappeler que le dépistage ne doit pas être vécu comme une menace, mais comme une démarche de prévention. Pour le cancer du sein, le dépistage organisé concerne notamment les femmes de 50 à 74 ans présentant un risque moyen, avec une mammographie tous les deux ans. En cas de symptômes ou de risque particulier, un avis médical est nécessaire sans attendre l’âge du dépistage organisé. L’autopalpation peut également aider à mieux connaître sa poitrine, mais elle ne remplace pas un dépistage adapté ni un examen médical.

Comment faire de sa santé une priorité quand on élève seule ses enfants ?

Anticiper un rendez-vous, demander un relais ponctuel à un proche ou se renseigner sur les possibilités de garde peut faciliter les démarches. Les professionnels de santé peuvent également aider à déterminer quels examens sont adaptés à l’âge, aux antécédents et à la situation de chacune.

« J’ai fini par me dire que prendre soin de moi, ce n’était pas voler du temps à mes enfants. Si je veux être là pour eux, ma santé compte aussi », résume Mélanie, maman d’un petit garçon de 3 ans et demi. Elle poursuit : « Je considère mon corps comme un athlète de haut niveau. Je le bichonne parce que je sais que je ne peux pas flancher. Je ne peux pas me permettre de tomber malade. Mon fils serait seul et, pour moi, cette perspective est intolérable. »

Mais l’enjeu est collectif. Il serait d’utilité publique de permettre aux mères qui élèvent seules leurs enfants d’accéder aux soins sans devoir résoudre seules chaque difficulté d’organisation. Prendre soin de sa santé ne devrait jamais être un luxe réservé à celles qui disposent de temps, d’argent et de soutien.

En France, plus de 61 000 nouveaux cas de cancer du sein ont été diagnostiqués en 2023. Pourtant, sur la période 2023-2024, moins d’une femme sur deux a participé au programme de dépistage organisé.

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