Surmonter une séparation avec soutien, travail, foi et résilience.

Accueil / Témoignages / Témoignage d’une maman solo – Christel, mère célibataire et éleveuse de chèvres
Son courage force le respect. Christel Djeivit est éleveuse de chèvres à Billy, dans le Loir-et-Cher. Elle est aussi maman solo de deux garçons de 11 et 9 ans. Son quotidien est un tourbillon incessant de travail et de responsabilités. À la ferme, les journées commencent à l’aube et se terminent tard dans la nuit. Pas de week-end, pas de pause. Difficile, dans ces conditions, de reprendre son souffle, de penser à soi, ou simplement de se reposer. Accablée par la charge de travail et une charge mentale permanente, Christel tient pourtant bon. Pour ses enfants, elle donne tout — parfois au détriment de sa propre santé. Rencontre avec une héroïne du quotidien.
Je me suis installée il y a 19 ans avec 200 chèvres. Aujourd’hui, j’en ai 260 et je transforme moi-même le lait en fromage. À la ferme, il n’y a pas que des chèvres : j’ai aussi des brebis, des chevaux, des vaches et des chiens. C’est une activité qui ne s’arrête jamais : je travaille 7 jours sur 7, entre 10 et 15 heures par jour.
On me pose souvent la question… et je ne sais pas vraiment quoi répondre. Je fais comme je peux. Il y a des choses que je laisse de côté, parce que je ne peux pas tout faire. J’ai parfois honte de le dire, mais chez moi, ce n’est pas toujours rangé. Mon rythme est très intense. Je tiens parce qu’il faut tenir. Il n’y a pas d’autre option. Je le fais parce que je dois le faire, tout simplement.
Je me lève à 6 heures et je ne me couche jamais avant minuit. Je commence par la traite et les soins aux chèvres. Ensuite, je m’occupe des enfants. Le mercredi, par exemple, c’est un véritable marathon : aller aux chèvres, emmener mon aîné à la musique, revenir à la ferme, préparer le déjeuner, conduire le plus jeune à la danse puis au foot… et retourner travailler. Je tiens beaucoup à ce que mes enfants aient des activités en dehors de la ferme. Ils ont une chance incroyable de grandir ici — c’est une immense aire de jeux — mais je ne veux pas qu’ils ne connaissent que ça. Leur vie est différente de celle de leurs camarades, mais je veux qu’elle soit riche et ouverte sur l’extérieur.
Presque depuis toujours. J’ai vécu cinq ans de violences conjugales avec le père de mes enfants. Il y a eu une ordonnance de protection et il a perdu l’autorité parentale. Quand j’ai eu mon premier enfant, il vivait déjà ailleurs, même si nous étions encore officiellement en couple. Pour le deuxième, la situation s’est définitivement arrêtée. Je les ai toujours élevés seule.
C’est très compliqué. La ferme est actuellement en redressement judiciaire. Mes fromages se vendent bien — il y a plus de demandes que d’offres — mais je suis seule pour tout gérer. Je n’ai plus d’aides pour la garde des enfants et je jongle en permanence entre mes obligations. Je ne me verse pas de salaire. Je vis du RSA et de l’ASF, environ 200 euros par mois pour les pensions alimentaires. Je ne vis pas de mon métier. Les difficultés financières des agriculteurs sont bien réelles. Beaucoup d’organismes vivent sur notre dos. Ce n’est pas pour rien que l’agriculture est l’une des professions les plus touchées par le suicide. Je ne roule pas sur l’or. Je n’ai aucun relais familial à proximité — ma mère vit sur la Côte d’Azur. Il faut être solide, presque un peu maso, pour travailler dans de telles conditions.
La nuit, peut-être… Je ne prends pas vraiment soin de moi comme je le devrais. En revanche, depuis deux ans, je fais partie d’une troupe de cirque. Ça me fait du bien, même si ce n’est pas reposant. Ça me permet de sortir du cadre de la ferme, de sortir de ma zone de confort, moi qui suis plutôt réservée. Mais je prends très peu de repos. La traite, c’est deux fois par jour, quoi qu’il arrive.
Oui, mais je ne peux pas me permettre d’embaucher. Alors je fais l’impasse sur certaines choses, notamment l’administratif. La gestion des papiers est essentielle dans une entreprise, mais après 10 ou 15 heures de travail physique, on n’a plus l’énergie de s’y mettre. Du coup, je coule. Les factures s’accumulent. Même quand on aurait pu payer au départ, à force de retard, on ne peut plus tout régler. La charge mentale devient énorme. C’est un cercle vicieux.
Je fais au mieux. Je veux qu’ils aient une vie riche, qu’ils ne restent pas enfermés à la maison. Je les inscris au centre de loisirs, mais ça coûte cher. Ma mère m’aide parfois un peu. Il faut être forte mentalement pour tenir. Ce sont mes enfants qui m’ont donné la force de quitter leur père. Ce sont eux qui me font tenir aujourd’hui. Ils n’ont que moi. Et je suis leur modèle. Je leur transmets mes valeurs. Je ne veux pas qu’ils voient une maman qui abandonne. Je sais qu’ils voient que je travaille beaucoup, que nous partons rarement en vacances. Je ne peux pas toujours faire autant d’activités avec eux que je le voudrais. Mais ils ne sont pas malheureux. Ils sont épanouis.
Ce qui me fait peur, c’est que je disparaisse. Mes enfants n’ont que moi. Je ne me ménage pas. Ma mère me dit souvent : « Il faut que tu te reposes. » Mais comment se ménager quand on ne peut pas ? Une ferme, ça ne s’arrête pas.
Les maîtresses d’école m’ont beaucoup rassurée. L’une d’elles m’a dit : « Vous ne vous rendez pas compte de tout ce que vous faites pour vos enfants. Certains parents, en couple, n’en font pas autant. » Ça m’a aidée à déculpabiliser. Mes enfants vont bien. Même si je les élève seule, même si je manque de temps, ils vont bien. Et c’est l’essentiel.
Vous pourrez trouver Christel à La Chèvrerie des Simonnières.

Surmonter une séparation avec soutien, travail, foi et résilience.
Sophie Ruffieux, dessinatrice et maman solo, raconte son parcours en bandes dessinées.
Fabienne, maman sourde et battante, élève seule ses enfants avec force, amour et courage.
Dorothée, maman solo, jongle entre handicaps, créativité et quotidien bien rempli.
© 2025 – Femmes-monoparentales.com




Département des Hauts-de-Seine
Institut des Hauts-de-Seine
57 rue des Longues Raies
92000 Nanterre
01 41 37 11 10
institut@hauts-de-seine.fr
© 2025 – Femmes-monoparentales.com
Département des Hauts-de-Seine
Institut des Hauts-de-Seine
57 rue des Longues Raies
92000 Nanterre
01 41 37 11 10
institut@hauts-de-seine.fr
© 2025 – Femmes-monoparentales.com