Ne culpabilisez plus, s’autoriser du temps pour soi est vital pour l’équilibre familial

Charge mentale, culpabilité, épuisement… Lara Rouzé, psychanalyste et hypnothérapeute, éclaire sur les réalités psychologiques des mères monoparentales. Cette spécialiste indique notamment que les mamans solos doivent prendre du temps pour elles afin de réduire leur stress et celui de leur(s) enfant(s). Elle exerce au cabinet de thérapies à Bordeaux.

Quelles sont les principales difficultés psychologiques rencontrées par les mères monoparentales aujourd’hui ?

Les mères monoparentales sont souvent confrontées à un cumul de pressions : isolement, surcharge mentale, insécurité financière et responsabilité exclusive de la parentalité. Sur le plan psychologique, cela se traduit fréquemment par de l’anxiété, un sentiment d’épuisement chronique, et parfois une perte de repères identitaires : elles doivent être « tout » à la fois, sans relais, et finissent par n’être que « mères ». Elles peuvent éprouver des difficultés à savoir ce qu’elles veulent, ce qu’elles aiment, ce qui les anime dans leur vie de femme.

Pourquoi culpabilisent-elles autant lorsqu’elles prennent du temps pour elles ?

Parce qu’elles ont souvent intégré que chaque moment non consacré à leur enfant est un manque. Dans un contexte où elles sont déjà seules à porter, le moindre espace pour soi peut être vécu comme un abandon. C’est un mécanisme très fréquent, lié à une confusion entre « être une bonne mère » et « être une mère totalement disponible ».

Cette culpabilité est-elle culturelle, générationnelle, ou liée à l’éducation ?

C’est un mélange des trois. Elle s’inscrit dans un héritage culturel où la mère est encore pensée comme un pilier sacrificiel. Elle est aussi renforcée par des transmissions familiales et éducatives, parfois inconscientes. Aujourd’hui, elle est même accentuée par les réseaux sociaux, qui diffusent des modèles de parentalité idéalisés. La culpabilité devient problématique lorsqu’elle n’est plus ajustée à la réalité.

Quels signaux montrent qu’une mère est en train de s’épuiser ?

On observe souvent : une fatigue persistante, même après du repos ; une irritabilité ou une hypersensibilité émotionnelle ; une perte de plaisir dans le quotidien ; un sentiment d’être débordée en permanence ; parfois des troubles du sommeil ou somatiques. C’est un état qui peut évoluer vers un burnout parental s’il n’est pas pris en compte. Les troubles du sommeil associés à un sentiment de tristesse et une perte de motivation sont les premiers signes à prendre en compte.

Pourquoi prendre du temps pour soi est-il vital pour l’équilibre familial ?

Parce qu’une mère épuisée n’a plus les ressources pour être disponible émotionnellement. Prendre du temps pour soi n’est pas un luxe, c’est une nécessité physiologique et psychique. C’est ce qui permet de recharger ses capacités de régulation, de patience et de présence. Il ne faut pas oublier que les enfants sont des éponges, ils ressentent ce que vit leur maman. En prenant soin d’elles, elles auront une disponibilité émotionnelle plus saine qui se traduira aussi chez leur enfant.

Quels impacts concrets le surmenage maternel peut-il avoir sur les enfants ?

Les enfants sont très sensibles à l’état émotionnel du parent. Un parent épuisé peut être plus irritable, moins disponible, parfois incohérent dans ses réponses éducatives. Cela peut générer de l’insécurité chez l’enfant, des troubles du comportement ou une tendance à sur-adapter ses propres émotions. On note également énormément d’anxiété chez les enfants.

En quoi le bien-être de la mère influence-t-il directement celui de l’enfant ?

Le parent est une base de sécurité. Lorsque la mère est apaisée, disponible et alignée, elle offre un cadre sécurisant à l’enfant, qui peut alors explorer, se développer et réguler ses émotions plus facilement. Le bien-être parental n’est pas séparé de celui de l’enfant, il en est un pilier.

Par où commencer quand on n’a ni temps ni relais ?

Commencer petit. L’idée n’est pas de tout changer, mais d’introduire des ajustements réalistes : identifier une seule source de surcharge et voir comment l’alléger. Cela peut aussi passer par accepter de demander de l’aide, même ponctuelle, ou revoir ses exigences à la baisse. Ce que je conseille en premier lieu, c’est la reprise d’une activité une fois par semaine (sportive ou autre), mais trouver une passion en dehors de l’enfant.

Comment créer des « micro-espaces » de respiration au quotidien ?

En intégrant des pauses très courtes mais régulières pour commencer : respirer profondément pendant 5 minutes (l’application gratuite Respi Relax + est super), s’isoler quelques instants, ralentir volontairement une action du quotidien, suivre des vidéos de sport/yoga/méditation. Ces micro-temps permettent au système nerveux de redescendre et évitent l’accumulation de tension.

Que répondre à un enfant qui dit : “Tu ne t’occupes pas de moi” ?

Il est important d’accueillir l’émotion sans se défendre immédiatement : « Je comprends que tu aies besoin de moi en ce moment. » Puis de poser un cadre : « Je suis là pour toi, et j’ai aussi besoin de ce moment pour moi. Ensuite, je serai disponible. Qu’est-ce que tu aimerais que nous fassions ensemble ? » Cela apprend à l’enfant que les besoins de chacun comptent et qu’ils n’empêchent pas les bons moments ensemble.

Comment dépasser la peur du jugement (famille, école, entourage) ?

En travaillant sur sa propre boussole interne. Généralement, ce sont des mamans avec un juge intérieur déjà très exigeant. Il s’agit de réduire son intensité en travaillant sur les schémas de pensées (restructuration cognitive en TCC – thérapie cognitivo-comportementale : bordeaux-therapie.fr/la-therapie-cognitico-comportementale). Plus une mère est au clair avec ses choix, moins elle sera dépendante du regard extérieur. Un accompagnement thérapeutique peut aider à déconstruire ces peurs et à renforcer la légitimité personnelle.

Peut-on dire qu’une mère épanouie est un modèle d’équilibre pour son enfant ?

Oui, profondément. Une mère qui prend soin d’elle montre à son enfant qu’il est possible d’exister sans s’oublier. Elle transmet une vision équilibrée du lien : être en relation sans se sacrifier.

Par où commencer quand on n’a ni temps ni relais ?

Commencer petit. L’idée n’est pas de tout changer, mais d’introduire des ajustements réalistes : identifier une seule source de surcharge et voir comment l’alléger. Cela peut aussi passer par accepter de demander de l’aide, même ponctuelle, ou revoir ses exigences à la baisse. Ce que je conseille en premier lieu, c’est la reprise d’une activité une fois par semaine (sportive ou autre), mais trouver une passion en dehors de l’enfant.

Quelle phrase aimeriez-vous que chaque mère seule retienne en lisant cette interview ?

C’est une phrase un peu bateau mais pourtant bien réelle : « Pour bien prendre soin de l’autre, il est important de d’abord prendre soin de soi. »

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