Candice réinvente sa vie de femme et de mère, entre équilibre et confiance retrouvée.

Accueil / Témoignages / « Je dois penser à tout pour deux » : ces mères qui se sentent seules alors qu’elles sont en couple
Elles partagent leur vie avec leur conjoint, mais ont parfois l’impression d’élever seules leurs enfants. Charge mentale, fatigue invisible, manque de reconnaissance… De plus en plus de mères témoignent de cette solitude à deux, difficile à exprimer et parfois douloureuse à vivre.
Être en couple, partager un logement et élever ses enfants à deux ne signifie pas nécessairement se sentir soutenue au quotidien. Pour certaines mères, la gestion de la famille repose largement sur leurs épaules : anticiper les rendez-vous médicaux, penser aux vêtements à acheter, organiser les activités, surveiller les devoirs ou encore prévoir les repas. Même lorsque leur conjoint participe ponctuellement, elles restent celles qui coordonnent et veillent à ce que rien ne soit oublié. Peu à peu, cette charge mentale nourrit un sentiment de solitude, parfois difficile à exprimer. Comment expliquer que certaines femmes aient l’impression d’être seules à faire fonctionner leur famille alors qu’elles sont en couple ? Et comment sortir de ce déséquilibre sans avoir à réclamer constamment de l’aide ?
« Il ne suffit pas toujours de partager les tâches pour répartir équitablement la charge familiale », explique Magali, maman de trois garçons de 3, 5 et 8 ans. Dans certains couples, une mère peut avoir le sentiment de devoir tout anticiper, tout organiser et tout rappeler. Son conjoint peut faire les courses, donner le bain ou accompagner les enfants à l’école, mais c’est encore elle qui pense à acheter les chaussures devenues trop petites, à prendre rendez-vous chez le dentiste ou à inscrire le petit dernier à une activité.
« C’est moi qui fais la liste des courses, établis les repas et pense à laver les chaussures du plus grand pour son cours de tennis du samedi matin. Mon mari peut lancer la machine, mais j’ai réfléchi à ce qu’il devait y avoir dedans », témoigne Magali. « J’ai remarqué que les pantalons de mon cadet étaient troués. Il faut en racheter d’autres. Je le dis à mon mari qui, plein d’élan, regarde sur Vinted. Au bout de deux minutes, il me lance : “C’est quoi sa taille ?” », raconte la jeune femme de 40 ans. Même lorsqu’elle délègue une tâche, elle reste chargée de vérifier qu’elle a bien été effectuée. Ce qui l’épuise n’est donc pas uniquement de faire, mais aussi de devoir penser à tout.
Cette charge invisible peut finir par peser sur le quotidien. « Je ne me repose plus, j’ai l’impression de devoir être partout en même temps », constate-t-elle. En effet, la bonne tenue de la maison dépend de sa vigilance permanente.
La solitude conjugale peut également se manifester lorsque l’une des deux personnes a le sentiment de ne pas être écoutée, comprise ou épaulée émotionnellement. Une mère peut avoir besoin de raconter sa journée, de partager ses inquiétudes ou simplement de sentir que son conjoint remarque sa fatigue, sans devoir lui expliquer précisément ce qu’elle attend de lui.
Magali résume : « Je n’ose pas lui parler de mon épuisement, car il me dit que j’ai de la chance d’avoir plus de temps avec les enfants pendant que lui est coincé au bureau. » Elle ajoute : « Les mercredis avec les trois garçons sont plus qu’énergiques. Je suis plus lessivée qu’en allant au bureau. Quand j’en parle le soir à mon compagnon, il ne comprend pas de quoi je suis fatiguée. » Elle finit par garder ses préoccupations pour elle, alors même qu’elle aimerait pouvoir compter sur son partenaire.
À force, ce sentiment de ne pas être comprise peut créer une distance au sein du couple. La présence physique de l’autre ne suffit plus à donner le sentiment de faire équipe.
« Pour lui faire comprendre ce que je vivais, sans lui dire, j’ai fait la grève du ménage pendant 24 heures un de ces fameux mercredis. Le soir, il m’a demandé si une bombe avait explosé dans la maison », se souvient Magali. Elle a ri en silence et a laissé son époux ranger, balayer, laver par terre et faire le linge pendant deux heures et demie. « Depuis, il n’a plus jamais osé me demander pourquoi j’étais épuisée. »
Sortir de cette solitude suppose d’abord de rendre visibles les responsabilités qui passent souvent inaperçues. Il ne s’agit pas seulement de répartir les tâches, mais aussi de partager leur anticipation et leur suivi. Un parent peut, par exemple, prendre entièrement en charge les rendez-vous médicaux des enfants, de la prise de rendez-vous jusqu’au suivi des documents nécessaires, plutôt que d’attendre que l’autre lui rappelle chaque étape.
La communication peut également aider, à condition qu’elle ne repose pas uniquement sur la personne déjà épuisée. Exprimer ses besoins est utile, mais le rééquilibrage ne peut pas dépendre exclusivement de la capacité de la mère à formuler des demandes toujours plus précises. Retrouver un sentiment d’équipe ne signifie pas nécessairement partager chaque tâche à parts égales, mais parvenir à une organisation dans laquelle chacun assume une véritable responsabilité.

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