Témoignage d'une maman solo – Dorothée Caratini

Dorothée Caratini s’est retrouvée veuve lors du suicide de son mari il y a quelques années, quand ses filles étaient très jeunes. Aujourd’hui, elle élève seule Abigaëlle, 9 ans, née aveugle et par ailleurs autiste, et Sidonie, 7 ans. Elle vit dans le Nord de la France et, après avoir travaillé dans la communication, elle s’adonne à une activité plus artisanale et artistique. Partager le quotidien de deux enfants, dont une handicapée, laisse peu de place à l’improvisation, même si, de loin, leur vie ressemble à un joyeux bazar.

Elle a raconté son histoire dans un très beau roman autobiographique Traverser la foule, aux éditions Bouquin. Un récit sensible, intelligent et sans pathos.

Retrouvez-la sur Instagram : @dorotheecaratini

On peut dire que l’adversité ne vous a pas épargnée. Quelles sont vos soupapes de décompression pour alléger votre quotidien de maman solo ?

Je jongle entre plusieurs activités pour me détendre, mais qui sont également des activités qui me demandent du “travail” : animations de quiz musicaux, travaux de linogravure et de broderie. Mais je passe mes soirées devant des séries avec une tisane, c’est le meilleur moyen de me remettre de journées “intenses”, comme par exemple le mercredi… J’ai beaucoup de mal à ne rien faire car il y a toujours tant à faire. Ah, et depuis la rentrée de septembre, j’ai repris le sport !

Je m’autorise quelques sorties, mais plutôt espacées, compte tenu des moyens que cela demande : l’entrée pour un concert ou la baby-sitter…

Vos deux filles sont scolarisées dans des établissements différents. À quoi ressemble une journée type ?

Il n’y a pas vraiment de journée type, ah ah ah, hélas ! Le lundi, mon aînée, Abigaëlle, neuf ans, aveugle de naissance et qui est également autiste, prend un taxi pour son école à Lille à 7 h 45.

Elle est dans une classe pour enfants autistes, dans une école ordinaire. J’amène sa sœur, Sidonie, sept ans, en CE1, à l’école près de chez nous. Je la récupère à 16 h 30.

Le lundi soir et le jeudi soir, Abigaëlle dort dans un IME pour qu’elle y travaille l’autonomie. Je la récupère le mardi soir.

Le soir, lorsqu’elle est là, c’est le long tunnel habituel : devoirs avec Sidonie, temps de jeu avec Abigaëlle et Sidonie si j’ai le temps, ou bain, préparation du repas, donner ses médicaments à Abigaëlle (principalement de la mélatonine qui l’aidera à s’endormir), puis salle de bains, histoire et dodo !

Le mercredi, Abigaëlle passe beaucoup de temps avec moi pendant les activités extrascolaires de sa sœur.

Je crois savoir que vous avez travaillé dans la communication. Êtes-vous freelance ou salariée ? (Et en quoi est-ce un avantage et/ou un inconvénient dans votre situation)

J’ai en effet travaillé dans la communication, mais j’ai arrêté car, à ce moment-là, Abigaëlle avait plus de soins, et elle faisait des crises d’épilepsie régulièrement (ce n’est plus le cas désormais), et ça demandait énormément d’énergie. D’autant plus que je n’étais pas folle du métier. Et surtout, j’ai une dépression chronique et un état qui n’est pas compatible avec un emploi. Avoir un emploi stable demande d’être assez solide, et je suis sujette à des crises d’angoisse, avec une grande fatigabilité.

Je loue un espace dans un atelier, et mes activités “artistiques” sont un espace de décompression où je ne me sens pas accablée par les tâches domestiques.

Le plus difficile, c’est bien entendu de ne pas avoir de revenus : je ne peux pas contracter de prêt, par exemple.

En tant que parent d’un enfant handicapé, vous sentez-vous suffisamment épaulée sur un plan administratif, logistique et/ou financier ?

Les choses se sont améliorées, mais cela reste insuffisant. Nous avons la chance d’avoir différentes structures qui accompagnent Abigaëlle, mais j’ai du mal à trouver un espace où je peux obtenir une aide complète, même si je rencontre parfois une assistante sociale qui m’aide à trouver des financements pour des demandes particulières (comme une colonie de vacances).

Je suis consciente du grand privilège que j’ai de pouvoir m’exprimer correctement et de comprendre à peu près les demandes de l’administration, mais cela reste d’une complexité qui peut être très déroutante.

Le plus difficile est de trouver des activités ou des professionnels formés, prêts à travailler avec Abigaëlle.

Est-ce que vous arrivez à bien dormir, à vous reposer ?

Le soir, je suis épuisée, mais j’ai tellement besoin de temps pour moi que je traîne devant une série et je lis jusqu’à m’endormir ! J’ai appris à faire des siestes, ça m’aide beaucoup.

Votre fille Abigaëlle bénéficie-t-elle d’une bonne prise en charge santé ? (Soins, école adaptée, etc.)

Elle a un bon suivi depuis ses trois mois. Elle est passée par un CAMSP, un SESSAD, l’école régionale des déficients visuels en parallèle, avant d’être dépistée comme autiste. Elle est allée en IME avant d’être désormais dans une UEEA, une classe pour enfants autistes.

Elle a un bon suivi, mais depuis qu’elle a retrouvé un rythme scolaire, elle a moins de temps pour les suivis paramédicaux comme la kiné, et elle n’a plus, pour l’instant, d’instructrice en locomotion.

Elle peut continuer de s’exercer au braille en classe grâce à une institutrice spécialisée qui fournit le travail à faire, et une éducatrice spécialisée.

Quel genre de maman êtes-vous ? Mis à part tatouée

J’espère être une mère attentive et patiente, mais je sais que ce n’est pas toujours le cas. J’essaie de leur apporter de la sécurité, du confort, des loisirs, des jeux, qui peuvent leur plaire.

Pas facile de faire des compromis entre les goûts de l’une, les besoins de l’autre… et mes propres envies !

J’aime aller au musée et au cinéma, mais autant Sidonie apprécie, autant Abigaëlle déteste…

Je pense être une mère suffisamment bonne, mais pas toujours patiente, hélas.

J’essaie d’apporter une éducation variée et riche culturellement, avec des moments à trois ou avec chacune des filles.

Je suis féministe, c’est très important dans mon système de valeurs et dans mon éducation.

Je prône un féminisme intersectionnel, et bien entendu je milite pour une société inclusive !

Qu’est-ce qui est le plus difficile pour vous : le manque de moyens financiers et/ou le sentiment de ne pas être suffisamment entourée, comprise ou épaulée ?

Un peu de tout cela. Lorsque le sujet de la monoparentalité est abordé dans les médias, je m’y retrouve assez peu, parce qu’on parle de parents séparés, mais peu de parents veufs.

Je reçois de l’aide de mes ami·e·s et de ma famille, même si elle vit en Normandie, et d’autres mamans de l’école de Sidonie : je suis assez privilégiée.

Mais le sentiment de solitude reste assez fort et il est difficile de ne pas se sentir débordée et peu épaulée.

Les discours culpabilisants de certains politiques, qui ignorent les difficultés auxquelles des familles comme la mienne doivent faire face, sont très décourageants.

Vous devez assurer sur tous les fronts. Arrivez-vous à vous accorder des loisirs ou des moments de détente ?

J’essaie ! Mais cela a un coût — financier d’abord, et physique : cela me prend beaucoup d’énergie !

Quelles sont les concessions que vous vous autorisez au quotidien, dans les loisirs, repas, ménage, etc. ?

Depuis que les filles ne sont plus des bébés et ne rampent plus partout (c’était en particulier la spécialité de Sidonie), je ne passe plus la serpillière tous les soirs !

Je fais au plus simple d’un point de vue repas, car mes filles ont des goûts différents, et je ne suis pas une grande cuisinière.

J’accorde aussi un peu trop de temps d’écran à Sidonie, mais elle aime également lire, jouer, etc., donc je lui accorde ce plaisir.

L’écriture occupe-t-elle encore une grande place dans votre vie ? À quand le deuxième roman ?

Un manuscrit est en cours de correction avec mon agente, un récit de pure fiction cette fois !

Vous partagez avec humour et franchise un peu de votre vie sur les réseaux sociaux. Y trouvez-vous une forme de réconfort ? Cela a-t-il provoqué de bonnes rencontres ?

Oui, c’est vrai que je passe beaucoup trop de temps sur les réseaux, mais j’ai pu y faire de belles rencontres, des amies principalement, souvent drôles, bienveillantes, généreuses et brillantes !

C’est aussi un endroit de militantisme passionnant et riche, même si on y lit beaucoup de bêtises et d’insanités, hélas.

Aujourd’hui, vous êtes célibataire. Est-ce un choix personnel ou c’est juste que vous n’avez pas (encore) rencontré la bonne personne ?

J’ai rencontré plusieurs personnes ces dernières années, mais rien qui n’a duré. Nos vies étaient trop différentes. C’est très difficile de comprendre notre quotidien et nos problèmes.

Moi-même, je ne suis pas assez disponible pour avoir une relation. Et pour pouvoir rencontrer quelqu’un, il faut du temps, de l’argent, de la disponibilité d’esprit. Je ne suis pas assez sereine et… je n’ai rien à raconter de spécial à des hommes qui se montrent, bien trop souvent, décevants.

Récemment, vous n’avez pas hésité à ouvrir une cagnotte pour pouvoir changer de voiture. Est-ce une initiative que vous conseilleriez ?

Si on n’a pas peur du jugement des autres (certains ont peur d’être vus comme feignants, ou d’être traités “d’assistés”), je pense que oui.

Mais honnêtement, c’est vraiment désolant d’en arriver là.

Je n’aime pas devoir passer par ce genre de systèmes pour acheter une voiture, parce que cela peut sembler un objet superflu.

Avez-vous un meilleur souvenir à partager ?

Je suis toujours épatée d’avoir deux merveilleuses petites filles aussi drôles et intelligentes, même si le quotidien n’est pas simple.

Je n’ai pas vraiment de “meilleur” souvenir. J’apprécie simplement nos moments de joie, de rire, lorsque nous chantons à tue-tête Libérée, délivrée dans la voiture, ou que nous nous faisons des blagues.

Nos petits câlins à trois le soir sont de bons moments, qui me permettent de décompresser avec elles du stress de la journée !

Ici Dorothée, Abigaëlle et Sidonie, avec le sourire au bord de l’A1, alors que leur ancienne voiture était tombée en panne !

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