« Les bouchères » de Sophie Demange, 20,90 euros, éditions Iconoclaste
À Rouen, dans ce quartier bourgeois, impossible de manquer la devanture rose des Bouchères. Depuis la rue, on peut entendre l’aiguisage des couteaux, les masses qui cognent la viande et les rires des trois femmes qui tiennent la boutique. Derrière le billot, elles arborent fièrement leurs ongles pailletés et leurs avant-bras musclés. Mais elles seules savent ce qui les lie : une enfance estropiée, une adolescence rageuse et un secret.
Lorsque plusieurs notables du quartier s’évaporent sans laisser de traces, les habitants s’affolent et la police enquête. En quelques semaines, les bouchères deviennent la cible des ragots et des menaces...
Un roman féministe explosif et jubilatoire où chaque page se dévore jusqu’au rebondissement final !
« La gosse » de Nadia Daam, Editions Grasset
«Tu verras avec une fille, c’est plus facile.»
C’est avec ces mots qu’on a voulu me rassurer, il y a 18 ans, quand j’ai annoncé le sexe de mon bébé à venir. Ça ne m’a ni surprise ni dérangée. Je me sentais davantage capable avec un enfant de mon espèce et n’en ai pas saisi les conséquences. Une fille, c’est « plus facile », mais facile à quoi, pour qui, et pourquoi ?
Je pensais, les toutes premières années, qu’il n’y avait rien de plus dur qu’être privée de sommeil et de temps pour moi. C’est faux. Tenir éloignée une Gosse qui devient une femme de tous les désastres liés à son genre est bien plus éprouvant. Même – surtout ? - si l’on se targue d’être féministe et d’avoir pour la nouvelle génération de grands desseins réparateurs.
La Gosse, ma fille, a grandi et creusé l’écart qui nous sépare. Elle s’élance, je me tasse. Elle veut arpenter la ville et le monde, je ne cours même plus pour attraper le bus. Elle pleure devant Sex Education, sur Netflix, moi pendant les pubs pour les conventions obsèques. La Gosse est de moins en moins gosse. Ni facile, ni difficile (même si elle est objectivement un peu chiante, parfois).
Au moins, j’ai retrouvé le sommeil, sauf quand elle sort le soir. »
Comment être nostalgique de l’enfance de son enfant sans la figer ? Comment la prémunir de la violence des hommes sans la cloitrer ? Comment lui conter ses romances calamiteuses sans la décourager d’oser l’amour ? Comment la regarder se faire belle quand on vient tout juste de faire le choix de renoncer, avec soulagement et les cheveux sales, à se rendre désirable ?
Nadia Daam passe au crible épreuves, questions, doutes et moments tendres. La chronique espiègle d’une famille d’aujourd’hui, ou l’odyssée drôle et douce d’une mère tentant de comprendre cette étrange personne : sa fille adolescente.
Un récit qui se dévore, une écriture moderne, pleine d’auto-dérision qui nous rassure et nous régale.
« Les grandes oubliées de l’histoire » de Titiou Lecoq, Iconoclaste
« On nous a appris que l’histoire avait un sens et que, concernant les femmes, elle allait d’un état de servitude totale vers une libération complète, comme si la marche vers l’égalité était un processus naturel. Ce n’est pas exact. On a travesti les faits. »
De tout temps, les femmes ont agi. Elles ont régné, écrit, milité, créé, combattu, crié parfois.
Et pourtant elles sont pour la plupart absentes des manuels d’histoire.
Pourquoi ce grand oubli ?
De l’âge des cavernes jusqu’à nos jours, Titiou Lecoq s’appuie sur les découvertes les plus récentes pour analyser les mécanismes de cette vision biaisée de l’Histoire. Elle redonne vie à des visages effacés, raconte ces invisibles, si nombreuses, qui ont modifié le monde.
Pédagogue, mordante, irrésistible, Titiou Lecoq propose un livre et une lecture engagés. Elle révèle au grand jour les rôles qu’ont joués les femmes dans l’Histoire, et s’inscrit avec brio dans la lignée des travaux de l’historienne Michelle Perrot qui signe la préface.
« Femme libre et engagée, esprit avide et curieux, écrivaine confirmée, Titiou Lecoq livre un grand récit, passionnant et vrai. » Michelle Perrot
Les femmes ne se sont jamais tues.
Ce livre leur redonne leurs voix.
Dans cet essai, qui se dévore ou se picore c’est selon,, Titiou Lecoq remet les pendules de l’Histoire à l’heure et nous rappelle que les filles, qu’elles soient brunes ou non, ne comptent pas pour des prunes !
« Cucul » de Camille Emanuelle Editions Verso
Le jour, Marie Couston est prof de français contractuelle dans un lycée. La nuit, elle écrit sous pseudo de la romance érotique. Mais lorsque son éditrice exige qu'elle abandonne ses romans cucul pour de la dark romance, Marie voit rouge. En clair, on lui demande de rendre sexy des violences conjugales et sexuelles... Sans regret, et un peu saoule, Marie décide de tuer son personnage principal avant de s'endormir.
Au réveil, elle n'en croit pas ses yeux : un inconnu est assis sur son canapé. L'homme, très beau dans son costume sur mesure hors de prix, lui explique alors le plus sérieusement du monde qu'il est James Cooper, le mâle alpha de sa romance et de ses fantasmes...
Hilarante et engagée, la comédie romantique que vous attendiez, sans savoir que vous l'attendiez.
Un roman faussement léger, féministe, décoiffant, amusant, acide, trash, cru, mais jamais cucul !
« Nage libre » de Jessica Anthony éditions du Cherche-Midi
Il suffit d'un seul jour pour défaire toute une vie.1957. Les Russes viennent de lancer leur Spoutnik dans l'espace, au grand dam des Américains. Mais ce n'est pas le seul sujet d'inquiétude au pays de l'oncle Sam. Femme au foyer, Kathleen Beckett fait soudain preuve d'un étrange comportement. Après avoir décidé d'aller se baigner dans la piscine de sa résidence, une piscine où personne ne va jamais, elle se met en tête d'y rester jusqu'à nouvel ordre. Son mari a beau insister – on est en novembre... – rien n'y fait, Kathleen s'obstine à ne pas réintégrer le quotidien du couple. À partir d'une situation insolite – une femme refuse de sortir de sa piscine – Jessica Anthony tisse un portrait doux-amer de la middle-class américaine des années 1950 et nous fait voyager dans deux psychés peinant à trouver l'harmonie : celle d'une femme ayant renoncé à ses rêves et celle d'un homme ne sachant plus où il en est. Elle nous offre ainsi une radiographie d'une précision rare des rapports conjugaux jusque dans leurs plus intimes secrets.
Quel rapport entre cette Américaine middle class sortie tout droit des années 50 et nous ? La condition féminine !
Voilà un roman incisif, bien écrit et étonnant. Une histoire de femme universelle.
Par Sophie de Villenoisy